Bienvenue!

Bienvenue à tous sur mon petit cahier numérique, un peu autobiographique, au cours duquel je vais vous décrire certaines journées de mon existence. Le seul point commun entre toutes ces journées: ma présence dans un stade.


Bonne lecture et n'hésitez pas à me commenter et/ou me contacter!

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jeudi 28 juin 2012

Le scandale

Clermont-Ferrand, 18 novembre 2003




            En début d’hiver, les rencontres à enjeu sont très rares. Les équipes nationales sont au repos, les compétitions européennes n’ont pas encore atteint les étapes intéressantes, les championnats sont encore loin de leur climax.
            La seule lueur dans ce triste mois de novembre venait en cette année 2003 de matchs de barrage qualificatifs pour l’euro espoir (joueurs de moins de 22 ans) de l’été suivant. En quoi ceci est-t-il passionnant?
Trois raisons à cela :
-          ces barrages sont également qualificatifs pour les jeux olympiques d’Athènes, compétition majeure pour les joueurs de moins de cet âge,
-          les deux équipes impliquées dans ce barrage présentaient ce que beaucoup de gens appellent une génération dorée avec quelques joueurs ayant déjà évolué en équipe nationale A, rappelés chez les espoirs pour l’occasion,
-          le match retour devait se disputer à Clermont-Ferrand, soit la possibilité de visiter un nouveau stade, à moins de 2 heures de route de mon domicile stéphanois.

Quelques jours de lobbying auprès de mes camarades (notamment un propriétaire d’une voiture capable de nous emmener à destination) et nous voici dès la fin des cours, sur la route de la capitale auvergnate.
Le synopsis était le suivant : l’équipe de France espoir revenait d’un match aller au Portugal avec une brillante victoire 2 buts à 1 en poche.
Des joueurs comme Philippe Mexes, Djibril Cisse, Patrice Evra ou Cristiano Ronaldo coté portugais ont alors mis de coté un match amical avec les seniors pour assurer la qualification des espoirs pour les prochaines échéances.



Le stade Gabriel Montpied n’était doté que de 2 grandes tribunes latérales, sans aucun virage ou moyen pour le public de mettre un peu plus de pression sur le gardien adverse. Le théâtre de la rencontre était cependant plein et l’ambiance très animée pour un match de cet ordre.

Sur le terrain les choses ont très vite pris une tournure nerveuse. Les portugais prirent rapidement l’avantage au score alors que les fautes se multiplièrent et les cartons commençaient à sortir facilement de la poche de l’arbitre.
Les visiteurs doublèrent la mise avant que Djibril Cissé ne réduise la marque de manière rageuse. Les équipes se trouvaient alors dos-à-dos sur l’ensemble des deux rencontres et la tension ne faisait qu’augmenter sur le terrain comme en tribune.
De manière prévisible, une petite bagarre générale impliquant joueurs et staff technique finit par se déclencher à l’autre bout du terrain, à la fin de laquelle le buteur français se fit expulser (suspendu 4 matchs, il fut privé de l’Euro seniors disputé en 2004 … au Portugal) et quelques autres joueurs avertir.

Le public, comme traditionnellement en France pour des matchs de sélection était beaucoup plus enclin à réagir à l’action se déroulant sur le terrain qu’à anticiper avec des encouragements continus.
Le scénario de la rencontre venait pour une fois justifier cette attitude. La tension ambiante empêchant réellement toute prise d’initiative détachée de ce qui se passait sous nos yeux.




Les prolongations auraient fait une très mauvaise publicité pour le football à une personne extérieure prenant la rencontre en cours. Les deux équipes ne voulaient plus prendre de risque et annihilaient rapidement toute tentative d’offensive par de l’antijeu si nécessaire.

Les tirs au but devenus inéluctables étaient finalement là. La première tentative fût déjà un fait de jeu. Nicolas Penneteau le gardien tricolore stoppa la tentative portugaise avant que l’arbitre n’ordonne de le retirer, jugeant que le portier avait quitté sa ligne de but trop tôt.
Bien évidemment, le lusitanien ne laissa pas passer sa 2e chance. Au contraire, le premier tireur français, Mexes, vit sa tentative repoussée.
Evra allait quant à lui manquer le cadre alors que les portugais allaient toucher le fond des filets à chaque tentative.

La messe était dite, les portugais verraient l’euro et les jeux olympiques, la France non.
Nous reprîmes tristement la route vers Saint-Etienne, refaisant le match durant tout le trajet, mettant en cause un arbitrage sans doute défaillant, jusqu’à finalement qualifier cette élimination de scandale.

Une courte nuit plus tard, les medias nous apprirent que la soirée ne s’était pas terminée avec notre départ de Clermont-Ferrand.
Les portugais avaient semble-t-il un peu trop laissé exploser leur joie à leur retour aux vestiaires, ravageant tout le matériel s’y trouvant, jusqu’à la présence de trous dans le plafond.
L’UEFA ouvrira une enquête concernant l’attitude des deux équipes sur les bancs de touche et dans les vestiaires.

            Le mot de la fin (plus tard sanctionné financièrement par l’UEFA) revient à celui qui entraînait alors cette équipe espoir, j’ai nommé Raymond Domenech : « Une fois de plus, nous avons connu des problèmes avec l’arbitrage ».

            Un scandale je vous dis.


jeudi 22 mars 2012

La dernière


Dublin, 7 septembre 2005


Le 7 septembre marque pour moi la fin de plusieurs choses importantes.
Personnellement, ce jour là je quittais Londres après 8 mois mémorables au cours desquels j’ai notamment pu me familiariser avec le football anglais, ses stades et ses fans.
Sportivement, ce jour voyait un de ses monuments délivrer son dernier souffle. Le mythique stade de Lansdowne Road allait accueillir son ultime évènement avant d’être rasé pour laisser place à une enceinte moderne aseptisée mais sure et lucrative.
Ces deux évènements confrontés, je n’eus plus le choix et dû me rendre à Dublin en compagnie de milliers d’autres gens pour saluer une dernière fois le condamné.

            L’aventure avait en fait commencé quelques mois auparavant lorsque certains membres d’un forum internet de discussion sur le monde des tribunes, partant du principe que l’équipe nationale ne bénéficiait pas du soutient qu’elle méritait, émirent l’idée de créer un vrai groupe de supporters à tendance ultra pour soutenir les bleus.
            Le premier rendez-vous de ces motivés éparpillés sur le territoire français, fut pris pour ce mois de septembre et une rencontre décisive pour déterminer qui de l’Irlande ou de la France obtiendrait son billet pour la prochaine coupe du monde.
            Chacun d’entre nous assuma le fardeau de devoir négocier l’obtention de billets pour ce match avec l’inorganisée Fédération Française de Football. Le besoin de voir ces billets expédiés en Angleterre à mon adresse de l’époque, ne facilita bien entendu pas ma tâche.
            Malgré tout, les UF05 étaient en route vers leur premier rassemblement.

            Ce 7 septembre, je ne pris donc pas l’avion pour Saint-Etienne et cette école qui m’attendait. Je pris plutôt la direction de la capitale irlandaise où je devais retrouver les co-supporters que je ne connaissais alors que virtuellement.
            Certains d’entre eux étaient déjà là depuis la veille. L’un d’entre eux, notre leader non officiel, était déjà dans l’avion de retour lorsque le mien atterrissait.
            Notre leader avait eu le malheur de tomber durant la première veillée, sur un troupeau de bêtes stupides qui l’avaient contraint au départ forcé, n’ayant plus la motivation ou l’envie de s’éterniser.
            Les bestiaux étaient un groupe de supporters indépendants du KOB (Kop Of Boulogne) et le leader était un fan marseillais. Le deuxième avait parfaitement compris que pour un rassemblement de l’équipe nationale, nos engagements en club n’avaient pas d’importance tandis que les bêtes sauvages n’en n’avaient rien à faire.

            Je rejoignis les membres restant de notre club spontané qui au fur et à mesure de la journée, et des pubs visités, s’approchait de sa composition finale. En fin d’après-midi, ce fût une quinzaine d’alliés qui prirent la direction du sud-est de la ville pour rejoindre le quartier de Lansdowne Road.
            Lansdowne Road, nom d’un stade, une rue mais également une station de train. Une station bien particulière puisque en partie recouverte par la tribune ouest du stade. La photographie est très connue mais fait toujours sourire, montrant des milliers de fans s’exciter pendant que de simple voyageurs situés juste en-dessous prient pour que la couverture en béton ne s’effondre pas sous le poids et les vibrations.

            Durant notre tournée pré-match nous croisons le groupe de bestiaux déjà cité, prenant bien soin d’éviter de croiser leur chemin, puis un autre groupe à l’attitude très différente.
            Ce groupe était principalement connu par le biais d’un homme et d’un animal que je rencontrais alors pour la première fois : Clément d’Antibes et son coq. Le vieil homme et ses acolytes étaient jusqu’ici l’unique preuve vu de l’étranger, que « les bleus » avaient quelques supporters. Une image un peu désolante je vous l’accorde.
            Ce qu’on ne peut pas reprocher à ces types là est surement leur engagement. Depuis des années, ils parcourent le globe au même rythme que notre équipe nationale.
            Ce qu’on peut leur reprocher (du moins au noyau dur de ce groupe) est leur attitude rétrograde, voire aigrie vis-à-vis de potentiels supporters ultras tels que nous. Le dialogue fut vite rompu, comme lorsque vous décidez de tailler une haie mitoyenne et que le voisin au teint imbibé de vin de table râle parce qu’il préfère sa haie touffue…


           Les préliminaires passés, il fût temps de rejoindre notre tribune : la fameuse west stand. Les gradins, car il s’agissait alors de véritable gradins sans siège, à la forme tronquée pour cause de voie ferrée, étaient pleins à craquer.
Cette densité exceptionnelle d’êtres humains me fit frémir. Elle provoqua une sensation très courante dans les échoppes de Temple Bar mais qu’il est difficile de retrouver dans un stade de football moderne.
L’ambiance dans notre tribune visiteur me surpris. En effet elle était très dynamique, bien que complètement désorganisée. Seul « le groupe des supporters de l’équipe de France » avait à sa tête une espèce de chef d’orchestre dictant les lancements de la seule chanson du répertoire : « Aller les bleus ».

La rencontre elle était très tendue, nerveuse entre deux équipes au niveau très proche ce jour là.
            Jusqu’à la 68e minute et ce trait de génie de Thierry Henry : une frappe enroulée du pied droit, une trajectoire au rayon de courbure incroyablement petit et une délivrance pour tous les fans français.
            Ce but restera longtemps gravé dans ma mémoire de part son importance, sa précision mais également à cause du point de vue formidable dont je bénéficiais. Derrière les filets qui tremblèrent, parfaitement situé dans l’axe de la course empruntée par le ballon.
            Par chance une caméra de télévision se trouvait elle aussi exactement sur cet axe mais de l’autre coté du buteur. Ce qui fait que sur chacun des milliers de ralentis diffusés de ce but là, je peux apercevoir distinctement la position de mes compagnons et moi !

            La suite demeure elle aussi mémorable, la nuit qui s’en suivit nous fit aller de pub en pub, à savourer avec la population irlandaise ce qui restera dans les mémoires comme un grand match de football digne d’une dernière représentation dans un grand théâtre.
Au petit matin lorsque je montai dans le premier bus me menant à l’aéroport, je ne pu m’empêcher de penser tristement aux pelles mécaniques qui devaient déjà se préparer à démolir l’ouvrage.

Pour une dernière, ce fut une belle dernière.

vendredi 3 février 2012

La frustration


Saint-Etienne, 31 mai 2002


            Début d’été 2002, 4 ans après une victoire à domicile, les bleus allaient tenter de doubler la mise à l’extérieur au Japon et en Corée du Sud. L’histoire débuta au Seoul World Cup Stadium et s’annonçait fameuse pour la France.
            Désignée archi-favorite par les bookmakers du monde entier après ses campagnes triomphantes de 1998 (coupe du monde), 2000 (Euro) et 2001 (Coupe des confédérations), elle arriva de plus avec un potentiel offensif surpassant allègrement celui d’il y a 4 ans (Stéphane Guivarc’h ou le seul avant-centre titulaire d’une équipe championne du monde à n’avoir jamais marqué en coupe du monde…). Le meilleur buteur des derniers championnats d’Angleterre, d’Italie et de France étaient notamment prêts à en découdre.

            Malheureusement, de jeunes débutants vinrent surprendre la grande équipe de France lors du match d’ouverture. Puis une accrocheuse sélection « celeste » força les bleus à se contenter d’un unique point après deux matchs dans ce premier tour.
Pas de panique ! Il suffisait aux bleus de se réveiller et de remporter le dernier match par 2 buts d’écart pour garantir son passage au second tour. Pour cela, la France pouvait même compter sur le retour de son sauveur au numéro 10 floqué dans le dos, qui venait de se remettre d’une blessure à la cuisse.
En somme, un match à élimination directe avec un but de handicap était sur le point de débuter.

            De mon coté, vous vous en doutez bien, ce n’est pas encore à cette occasion que j’ai pu assouvir mon rêve de vivre une coupe du monde de l’intérieur. Trop loin, trop cher et surtout, trop occupé par des examens…
            En deuxième année de classe préparatoire intégrée à une école d’ingénieurs en génie civil, vous avez affaire à certaines matières pour lesquelles vous avez du mal à vous passionner. L’histoire de l’économie en est une.
            Quand en plus le professeur est également le directeur des études et que la matière est éliminatoire en cas de mauvaise note, vous ne pouvez pas faire l’impasse sur un de ces examens.

            Le grand problème se présenta au visage de mes camarades et moi lorsque les deux évènements furent programmés à la même heure…
            Après de vaines tentatives de modification des agendas (surtout celui des examens, on aurait bien écrit à la FIFA pour modifier l’horaire du match mais l’espoir était trop mince pour investir dans un timbre international), nous voici réunis le mardi 11 juin 2002 à 7h 45 du matin pour 3 heures de dissertation économique.
            Bien entendu, le règlement attribuant une note éliminatoire à tout élève quittant la salle avant que la moitié du temps imparti soit écoulé, il était impossible de gribouiller quelques brefs commentaires pour envisager de profiter tranquillement de la deuxième mi-temps.
            Le plan était alors le suivant : enregistrement du match pour diffusion en léger différé dans une salle voisine de la salle d’examen afin d’éviter tout contact avec la civilisation sur le chemin. Infaillible.



            Ce n’est que quelques secondes avant de découvrir nos sujets que nous réalisâmes que d’autres que nous avaient eu cette idée géniale. L’examen d’économie en moins.
            La rumeur de l’autre coté du mur devint rapidement un brouhaha nous certifiant que certains étudiants avaient décidé de regarder en direct cette fameuse rencontre dans la salle voisine que nous nous étions réservé pour la suite.
            La garantie de ne pas entrer en contact avec quiconque capable de briser notre suspense était devenue caduque. Il était clair que nous allions interpréter malgré nous le moindre son provenant de la salle voisine.

            L’examen d’économie, déjà peu emballant devint une véritable torture pour une bonne partie de ma classe (la découverte des sujets permis à la partie restante de partager ce sentiment de torture avec nous).

            Les deux heures suivantes ne nous laissèrent aucun doute. Les cris de colère succédaient aux soupirs de désespoir. La situation semblait très mal engagée.
            Environ deux heures plus tard, notre devoir d’étudiant accompli, nous nous retrouvâmes dans la salle voisine et nous mettions d’accord pour dire qu’il valait mieux aller observer cette débâcle certaine dans un canapé avec une bière à la main plutôt que dans une triste salle de classe, même si cela impliquait de devoir affronter cette civilisation étant capable de sceller nos dernier espoirs naïfs à tout moment.

            Peu après, nous étions à notre tour sujet à la vocifération de multiples insultes relayées par de profonds soupirs en assistant finalement au triste spectacle délivré par l’équipe nationale.
            Une défaite par deux buts d’écarts nous attendit quatre-vingt-dix minutes plus tard en lieu et place de la victoire tant espérée.
            La coupe du monde était terminée pour les supporters français dans l’incompréhension la plus totale. L’équipe la plus attendue du tournoi n’aura même pas pu inscrire un but en trois matchs malgré la présence de joueurs acclamés dans leurs championnats respectifs.

            Quatre ans après avoir vécu de loin le triomphe de mon équipe nationale dans mon pays, j’ai été contraint de vivre la déroute de celle-ci par procuration.
            La question de savoir si la joie apportée par une victoire est plus intense que la peine délivrée par une défaite restera sans réponse encore une fois. Seule la frustration reste.
Une chose est sure, on ne m’y reprendra plus.

vendredi 6 janvier 2012

Bienvenue en France


     Ce week end va se dérouler le traditionnel tour de coupe de France marquant la reprise pour tous les clubs du pays et l'entrée dans la compétition pour ceux de l'élite. Voici donc le récit d'un de ces matchs de coupe...

Agen, 23 janvier 2011


En 2011, je n’habite plus à Londres mais en Occitanie par choix et plus précisément dans le Gers pour raisons professionnelles. Ici, la majeure partie des pages sportives des journaux est consacrée au rugby.
            Pour être clair, la ferveur footballistique n’existe pas. Il y a trois fois moins de clubs de football professionnels dans tout le quart sud-ouest de la France que dans la simple banlieue londonienne.
            La seule rencontre qualifiée injustement de « derby » oppose Bordeaux à Toulouse, deux villes séparées de près de 250 kilomètres.

            Le club professionnel local est donc le FC Toulouse, club pour lequel l’enthousiasme est très mesuré, tapis dans l’ombre du Real Madrid du rugby qu’est le Stade Toulousain.
            Le stadium municipal demeure à moitié vide toute l’année (59% de remplissage depuis la dernière promotion en ligue 1) et les occasions de s’emballer sont une denrée rare.

            Alors forcément, lorsque le tirage au sort des seizièmes de finale de la coupe de France désignât les amateurs d’Agen (eux aussi dans l’ombre du club de rugby local) comme hôtes de mon cher Paris Saint-Germain, je bondis sur l’occasion.
            Un match de football intéressant à 100 kilomètres de chez moi était une rareté que je ne pouvais pas décemment laisser passer. L’organisation chaotique allait elle tout faire pour que je me rate.

            Le stade de football de la ville d’Agen ne pouvant clairement pas accueillir sereinement la foule envisagée pour cette rencontre, le club d’Agen décida de délocaliser le match à Armandie, fief habituel des rugbymen agenais.
            Les dirigeants du Paris Saint-Germain, en pleine phase de « pacification » et/ou « désertification » de ses tribunes, craignaient que ce match dans un petit stade de province ne tourne au règlement de compte entre supporters chassés de leur Parc des Princes. Ils demandèrent donc à la Fédération de relocaliser le match à Bordeaux ou à Toulouse pour mieux assurer la sécurité du public.
            Bien entendu, le club local prit cette demande comme un manque de fair-play et de recours en appels, on ne savait toujours pas où jouer ce match à une semaine de son coup d’envoi.
            La vente de billets se trouvait donc suspendue, victime collatérale de ce bazar administratif.

            Lorsqu’à 6 jours de l’évènement, la décision de maintenir le match à Agen avec une sécurité renforcée fût enfin entérinée, la vente des billets pu enfin démarrer.

            Il fallait pour s’offrir les sésames, se déplacer à Agen dans l’un des 3 points de vente crées. Je fis volontiers cet effort mais rapidement cru l’avoir fait vainement lorsque je vis que les billets ne seraient vendus qu’aux titulaires d’une carte d’identité délivrée dans le Lot-et-Garonne ou l’un des départements limitrophes, et ce dans le but d’empêcher les parisiens de venir régler leurs comptes à cette occasion.
            Problème, mes papiers d’identité ne sont pas du tout issus du sud-ouest mais délivrés par le consulat français de Londres. Ma chance a ici été de prouver que Londres n’était pas sur la liste des départements « bannis » par les revendeurs de billets. De plus, la possession d’un carnet de chèque à une adresse ariègeoise finis de convaincre les vendeuses à la rigueur professionnelle peu remarquable.
            Je repartis donc avec 2 billets pour le spectacle du dimanche après-midi (j’avais comme souvent invité d’office ma femme).

            Le jour du match enfin arrivé, j’arrangeais une petite découverte touristique de la ville d’Agen pour satisfaire ma curiosité et surtout pour rendre la journée moins difficile à supporter pour ma femme.
            Première surprise, l’alcool coule à flot. En Angleterre également vous me direz, mais certainement pas à moins de 100 mètres des portes du stade à l’heure d’un match.
            Deuxième surprise, pour un match classé « à risque » la présence policière se fait discrète dans les rues bordant le stade, voire même inexistante pour gérer le flot de voitures inhabituel se déversant dans ces même rues.



            Mais ceci est à ranger au rayon détail comparé  aux premières impressions vécues dans le stade.
            Pas de gestion des spectateurs. Des agents de sécurité sont en position pour effectuer une fouille corporelle et font leurs travail mais aucun système de blocage des spectateurs n’étant en place, une bonne moitié de ceux-ci se permet sans qu’on ne leur dise rien, de passer entre deux agents pour filer vers les tribunes.
            Pas de gestion des spectateurs #2. Le stadier civil situé à l’entrée de notre accès à la tribune nous apprend avec malice que les places réservées et numérotées dans une tribune assise que j’avais volontairement achetées plus cher pour éviter la cohue à ma chère femme, ne valent rien, la tribune étant « pleine ». L’incompréhension fît vite place à l’énervement puis au dépit, comprenant que le pauvre agent avait été parachuté ici sans aucune consigne particulière quant à la vérification des billets des gens pénétrant dans la tribune.
            Pas de gestion des spectateurs #3. Quelques marches plus loin, nous découvrons qu’effectivement la tribune est pleine à craquer, qu’il est inutile de chercher un agent de sécurité pour nous montrer nos places puisqu’il n’y a pas d’agent en tribune. De même, il est inutile d’essayer de trouver nous même ces places, la numérotation sur nos billets semblant factice puisqu’aucun numéro ne semblait visible sur les gradins les plus proches de nous.
            Pas de gestion des spectateurs #4. Une fois décidé à passer le match debout à la sortie d’un couloir ou le vent gelé s’engouffrait avec plaisir, je pus remarquer avec délectation la présence de barrières anti-invasion de terrain aux pieds des tribunes. Vous savez ces barrières temporaires de chantier légères qui s’emboitent aux pieds dans des socles de ciment. Ces barrières qui se renversent à la moindre pression et encore plus facilement quand elles ne sont pas liées entre elles, comme ce fus le cas ce jour là…
            Pas de gestion des spectateurs #5. Le déplacement de supporters parisiens ayant été interdit, le petit carré de tribune obligatoirement réservé aux supporters visiteurs et monté pour l’occasion, se trouvait être entièrement vide. Au lieu de ça, on distinguait des petits groupes de supporters bleus et rouges disséminés un peu partout dans le stade. Il ne leur fallut que quelques minutes pour se regrouper tous ensemble juste à côté du parcage qui les aurait en temps normal accueilli. Cela va sans dire mais ce rassemblement imprévu se fit sans aucun encadrement sécuritaire. Heureusement ces supporters là étaient entièrement pacifiques et passèrent leur après-midi à chanter les louanges du nouveau plan de sécurité du club.

            A part ça, un match s’est tout de même déroulé sous nos yeux. Ce fut même un bon match ou le petit poucet résista vaillamment à l’ogre du jour avant de finalement s’incliner d’un petit but. Paris l’emporta 3 buts à 2 sans vraiment briller et poursuivit sa route jusqu’à la finale où ils s’inclineront face au nouveau champion de France lillois.

            Le retour sur Terre avait donc été violent. J’appréciais déjà énormément les multiples charmes de ma nouvelle région mais venait seulement de réaliser à quel point son isolement était grand sur la carte footballistique du monde.
            Finis les plaisirs d’une population qui respire le football avec son oxygène, finis les fastes d’une ligue multimilliardaire, finis la cohésion sociale et la grande responsabilité des clubs à l’égard des évènements qu’ils organisent.
            Bienvenue au pays de la paperasse administrative, au pays de l’extrême négligence sécuritaire, bienvenue en France.

jeudi 1 décembre 2011

Le premier souvenir

     A tout seigneur, tout honneur, voici une description succinte de ma première fois. Et ça n'a pas été du tout douloureux...

Paris, 25 mars 1992

           J’allais bientôt fêter mes 10 ans lorsque j’ai pu voir un match de football professionnel en vrai. Dans un vrai stade, pas dans le salon. Sans les commentaires mais avec le bruit de la foule. Sans les publicités mais avec un show à la mi-temps. Sans ralenti mais avec plus de 40000 autres paires d’yeux.
Bien entendu cette sortie était effectuée avec mon père, également amateur de football mais beaucoup plus intéressé lorsque cela se déroule depuis son salon que depuis une tribune. Vous me direz que même dans ces conditions, 10 ans d’attente peuvent sembler longs. Mais admettons également que bien qu’étant « parisiens », le voyage de la maison au stade représentait bien 2h de trajet…
De plus, il faut dire que je n’insistais pas pour aller voir un match du Paris SG non plus. Etant déjà adepte de l’originalité (de la lute contre le football business?) à cet âge là, je m’étais convaincu que supporter un club qui gagne et qui a déjà beaucoup de supporters, n’était pas assez original. Bien au contraire, je trouvais plus intéressant de ne pas les aimer du tout. Exit donc Marseille et Paris qui dominaient alors très nettement les compétitions nationales.
Pas idéal cependant lorsque tous tes camarades et équipiers décident de faire les équipes en mettant les « parisiens » d’un coté et les « marseillais » de l’autre…

Le stade justement parlons-en. Je ne le savais bien entendu pas encore mais il s’agissait de la première de très nombreuses visites que j’ai depuis effectué au Parc des Princes. Pour moi, l’approche du stade depuis la porte de Saint-Cloud est toujours particulière. Mais ce jour la, je restai tout simplement ébahi.


Ebahi par les dimensions de l’enceinte auxquelles je ne m’attendais pas. Une rapide recherche internet fournit les données suivantes : 77 000 m³ de béton et 7000 tonnes d'acier, forme elliptique (grand axe de 251,50m et petit axe de 191m), toiture culminant à 50m de haut… Qu’importe les chiffres officiels ! Pour moi c’était tout simplement le plus grands des géants de béton ! Une structure gigantesque !
Ebahi également par le grouillement de la rue dans les minutes précédant un match : vendeurs d’écharpes, de sandwichs, de tickets même, les forces de l’ordre en nombre jusqu’ici jamais vu de ma vie, et bien entendu la foule de spectateurs se dirigeant tous dans une même directions tels une armée en marche.
Quelques minutes plus tard, j’étais entré. Et là mon premier sentiment fut d’avoir le vertige… Le degré d’inclinaison des tribunes paraissait exceptionnel à l’enfant de 10 ans que j’étais alors et l’est toujours pour le quasi-trentenaire qui a depuis visité bien d’autres stades. La pente très raide était une des volontés claires de l’architecte afin que tout spectateur se trouve a moins de 45m de la ligne de touche la plus proche, assurant une très bonne visibilité quelque soit son positionnement. Comme mes futures expériences me le prouveront, ca marche.
Une fois le vertige calmé, j’ai enfin pu jeter un œil en direction de la pelouse sans avoir peur de tomber dans le vide. Mes yeux furent tout d’abord surpris devoir des points guerre plus grands que des fourmis s’agiter sur la pelouse. Je fus déçu de ne pas mieux voir les stars que j’étais venu voir. La comparaison avec la plupart des autres stades visites par la suite donnera raison a l’architecte néanmoins j’ai d’abord été déçu.
Concernant le déroulement du match ou même l’ambiance, pour être honnête, je n’ai pas beaucoup de souvenirs… Je n’avais pas encore 10 ans après tout… Je suis tout de même capable de me remémorer les équipes présentes (France et Belgique), le score final (3-3, ca avait l’air bien ce match pourtant !) et surtout, une image figée d’un homme essayant de jouer au foot la tête en bas.
Cette image c’est celle du but égalisateur de la star française de l’époque dans les dernières minutes du match : un ciseau retourne acrobatique de Jean-Pierre Papin en plein cœur de la surface de réparation adverse.
Près de vingt ans plus tard, je rêve toujours de placer ce mouvement délicat en match officiel… Il ne faut pas se mentir, mes chances s’amenuisent à mesure que mon corps vieillit…
(Ndlr : mes chances se sont maintenant entièrement évaporées suite à une double rupture des ligaments croisés du genou réussies en moins d’un an. Ronaldo, je t’ai compris.)